Partager l'article ! Cinéaste terroriste: Sept ans après son sidérant My Wrongs 8245–8249 & 117 , court-métrage primé d'un BAFTA, le satiriste bri ...
Sept ans après son sidérant My Wrongs 8245–8249 & 117 , court-métrage primé d'un BAFTA, le satiriste britannique Chris MORRIS réalise son premier long, Four lions (distribué énigmatiquement sous le titre We are four lions.)
Four lions aurait pu être un film important de la décennie tant son sujet, le terrorisme islamiste, stigmatise immédiatement l'approche d'une religion majeure à notre époque, les politiques intérieures et extérieures, et jusqu'aux comportements du quotidien. Pourtant, l'ensemble sombre dans la farce sans intérêt, sans drôlerie et sans acidité... car sans pertinence.
A mes yeux, l'erreur principal du film de Chris Morris vient d'une inadéquation entre son réalisme et l'absurdité de ses personnages. Le film se déroule principalement dans une commune populaire de Grande-Bretagne où deux Pakistanais et un Blanc, tous Musulmans, souhaitent se livrer au djihad. Plus inspirés par l'esthétique d'al-Qaida que par les textes coraniques, les compères se livrent, caméra ou portable à la main, au filmage de leurs préparatifs, quand ce n'est pas la vidéosurveillance qui prend le relai. L'ensemble se mue ainsi en coulisses du terrorisme, comme si les attentats de Londres en 2005 avaient leur making-off. Sauf que le bilan victimaire n'est pas tout à fait celui du film...
Une scène représentative de cette inadéquation, c'est lorsque les deux Pakis rentrent au pays pour un stage chez les moudjahidines. Le camp d'entraînement (Google ® maps en mieux), les formateurs (jeu d'acteur sérieux), le drône US (réplique exacte), etc ; tout ressemble à s'y méprendre aux vidéos propagandistes, authenticité accentuée par une certaine esthétique de reportage (cadrages et mouvements incertains, montage à la serpe...) Mais les dialogues poussifs et les gags lourds issus des deux personnages invalident une caricature qui se serait faite d'elle-même : ici comme dans tout le film, l'action des protagonistes détourne de la cible pourtant évidente. Un vrai cheveu sur la soupe.
Je passerai sur la dérangeante variation des registres, mêlant comique bouffon et tragédie, émotion mimétique (par la mise en scène, on fait partie du groupe) et distanciation psychologique (tellement c'est insensé) : il s'agit peut-être d'un certain humour britannique ou bien de celui de Chris Morris. Allons directement à l'aperçu des personnages principaux, ces fameux "lions" du titre, interprétés avec conviction et retenue.
L'un des maîtres à penser de l'équipe est Barry, un blanc au physique de gros imam. Excessif, - il souhaite faire exploser une mosquée pour réveiller les Musulmans -, Barry est également un antisémite obsédé par le complot juif. Ses camarades ne lui tiennent rigueur que de cette obsession, et non de son antisémitisme, "puisque" tous s'opposent à la présence d'Israël. On constate ici la confusion courante entre antisémitisme et antisionisme, bien que Morris puisse vouloir montrer tous ses personnages comme passablement antisémites.
Au côté de Barry, belliciste et haineux, se tient régulièrement Hassan, qui apparaît la première fois en activiste comique et futé. Pourtant, ce partisan de la démonstration plus que de l'oppression va vite, et assez inexplicablement, servir la cause de Barry. Encore une fois, Morris met dans le même sac djihad mineur (celui des armes) et djihad majeur (celui de l'esprit.)
"Face" à Barry en quelque sorte, l'autre maître à penser est Omar, central dans le film puisqu'il est à la fois le personnage le plus filmé et le plus développé. Il est le seul dont Morris dévoile le quotidien, de son emploi de gardien de supermarché à ses relations de famille. Néanmoins, le réalisateur cède de nouveau à la caricature mal appuyée, du genre "je plaisante, mais..." : le frère d'Omar est un musulman pacifique mais profondément misogyne, sa femme est intelligente et aimante mais le pousse à aller se tuer sans croire une seconde à l'utilité du geste, leur fils est écarté de cette idéologie de la violence mais il est en fait plus dhihadiste que son père. En définitive, Chris Morris n'a peint du protagoniste qu'une série de tâches grossières sur une esquisse imperceptible : dans ce ramassis d'aberrations, le spectateur ne saura jamais pourquoi (et pour quoi) Omar s'est lancé dans l'activisme islamiste. Et ce n'est pas son meilleur ami Waj qui lui ouvrira les yeux, tant le quatrième larron est profondément débile.
Néanmoins, Waj va avoir une belle parole au moment de lancer l'offensive terroriste : exprimant ses doutes, il déclare à ses camarades que son cerveau lui dit de tuer mais que son cœur le lui déconseille. Avec une perversité exceptionnelle (mais il fallait bien que le sympa soit quand même salaud), Omar lui explique que le Diable à renverser à son insu les tendances et que Waj doit écouter son cerveau, le véritable cœur du djihadiste.
Les islamistes de Chris Morris n'ont finalement qu'une morale dégénérée, une âme sans pitié et une cervelle de moineau. De la démonstration à son résultat, Four lions est inconséquent, souvent de mauvaise foi, voire nauséeux. C'est d'autant plus sidérant que le réalisateur, dès l'origine de ce projet inédit, ne faisait pas cela sans risque : or, l'œuvre prometteuse n'est qu'un coup d'épée dans l'eau, et méchante avec ça... Peut-être a-t-il cherché à punir d'avance ses ennemis ?
A VOIR :
Four lions (We are four lions) par Chris MORRIS
Grande-Bretagne, 2010 - 101 mn
| Mai 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |||||
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | ||||
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | ||||
| 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | ||||
| 28 | 29 | 30 | 31 | |||||||
|
||||||||||
Derniers Commentaires