Vendredi 23 avril 2010 5 23 /04 /Avr /2010 19:03

Champ

23 avril 2010 / Par Teuton la Bique

 

chto_nicolas-marie.jpg

 

        Un soir, deux pièces, un "dyptique" en un sens. Etrangeté, on ne peut pas s'assoir où l'on le souhaite. Un faisceau de lumière délimite le périmètre. La scène est, elle aussi, divisée en deux. Deux grandes structures en forme de "U" façonnent le décor. La partie de droite est dans l'ombre tandis que celle de gauche est éclairée d'une lumière blanche. A l'intérieur de ce "U", il n'y a rien, absolument rien, mis à part une femme qui se tient debout, droite que un "i", immobile et impassible. Les murs qui l'entourent sont fait de la même matière que les murs de chambre d'asile (des grands carreaux blancs moux dans lesquels on s'enfoncent). La femme ne peut ni reculer, ni aller sur les côtés.Elle peut seulement entrer dans la gueule du loup. Il n'y a aucune échappatoire pour elle. Elle est prisonnière de son propre destin et de notre bon vouloir.

Après un long moment d'attente, la pièce commence enfin. Un monologue de 55 minutes nous attend donc. Claire Delaporte, l'actrice, parle d'une voix grave, les mots sortent avec violence de sa bouche, elle se fait souffrance à elle-même. Le sujet de la pièce n'en est que plus grave et dur : Chto* raconte le périple de trois femmes tchétchènes vers une vie meilleure promise à Saint-Pétersbourg. Le périple des trois femmes ve se transformer en cauchemar, en enfer. Une traversé périlleuse pleine d'embuches. Elles devront remuer ciel et terre pour y parvenir. Enfin, plutôt s'arrêter là où l'autorité leur dira. Le déplacement du corps et de l'individu ne se fait pas du tout ressentir dans la mise en scène. L'actrice va rester planter là devant nous. On ne ressent pas le déplacement physique dont elle nous parle. On a pas l'impression de traverser des épreuves : la barrière du langage (le tchétchène est différent du russe que l'on parle à St-Pétersbourg, certains mots sont différents et puis il y a l'accent), elles sont repérées à mille lieux à la ronde, ce qui fait qu'elles se font arrêter à chaque fois. Motif : immigration + terrorisme. Voilà à quoi ressemble la stigmatisation d'un peuple, tout est cliché. Elles ne peuvent contester l'autorité dictatoriale russe. Mais tout le texte est plat, on se fait littéralement chier, on s'endort vraiment mais on est réveillé par un éclat de voix. Le texte est répétitif jusqu'au point culminant, le point de rupture, là où l'on dit stop : "ça va finir, ça doit finir". Mais non, l'actrice se met à répéter pendant un temps interminable "Je n'peux pas...", "Je n'veux pas..." C'est infernal et inarrêtable. Pendant cinq bonnes minutes interminables, elle répète ces deux phrases. Il y a une performance du fait de répéter deux phrases à un rythme assez soutenu sans baffouiller est quelque chose dimpressionnant mais c'est tout simplement insupportable! La seule envie qui nous tient c'et de partir, mais l'on reste par respect. La pièce continue et je trouve que le temps s'étire de plus en plus, je vais mourir aux mains des militaires russes à sa place ssi ça continue. Chto** s'achève sur un extrait vidéo d'une fille qui déambule sur une chemi, en plaine nature, seule, accompagnée d'une musique mélancolique. Pas grand intérêt non plus d'inclure d'inclure cette vidéo mais au moins ça retient quelque peu l'attention l'espace d'un instant. Chto* est fini et un long soupir de soulagement en guise de victoire se fait sentir dans toute la salle. Après le spectacle, j'ai appris que la pièce a été écourté de 25 minutes. Je crois que je n'aurais jamais supporté ces minutes supplémentaires. En bref, un sujet plus qu'intéressant, témoignage qui aurait pu être poignant mais qui est plus que mal mis en scène. La mise en scène est quasi inexistante. Peut-être est-ce le souhait de ne faire "aucun" mise en scène pour montrer l'inexistance du personnage, je ne sais pas... En somme, ce fut chiant de bout en bout.


Mon Képi Blanc

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        Quinze minutes d'entracte, le temps de se dégourdir les jambes et de reprendre des forces.

On se place cette fois-ci de l'autre côté de la salle, selon le même procédé. L'ambiance est toute autre : lumière rouge, fond rouge, il y a des accessoires (un portrait de militaire, une télé, et plusieurs micros placés en arc de cercle), mais encore un monologue en vue... En espérant que cela soit plus vivant. Et ça l'est. L'acteur, Manuel Vallade, rend son texte plus vivant par des variations d'intonations et un texte plus léger, malgré un sujet moins intéressant dans le fond que celui de Chto. Mais voilà, la pièce s'enfonce dans les méandres d'un texte répétitif, malgré quelques instants amusants, Mon Képi Blanc emprunte vite le même schéma que Chto et va s'effondrer au même moment que cette dernière. L'acteur va alors répéter à l'infini "Affirmatif, je dis affirmatif. Affirmatif". Cette fois, il y a une progression et une naissance d'une tension. La performance physique est réelle mais ça devient vite rasoir et infernal. Au bord de la crise de nerf, je pars en fou rire, craquage total collectif. Beaucoup de spectateurs quittent la salle. La pièce se fait une sorte de critique des dictatures militaires, ou les régime militaire, De Gaulle en prend pour son grade tout comme les autres chefs d'Etats militaires. y

      

       Pour mettre un terme à cette chronique, on peut dire que dans les deux pièces, la mise en scène d'Hubert Colas ou le texte de Sonia Chiambretto, se révèlent être tour à tour le maillon faible (sans jeu de mots) des pièces. Au final, les pièces du CDN se suivent et ont la volonté de dire quelque chose mais n'y arrive que très rarement.

 

 

 

chto* = "quoi" en russe

chto** = titre de la pièce complet : Chto interdit au moins de 15 ans.


____________________________________

 

Contrechamp

28 avril 2010 / Par Jonathan Renoult

 

 

CHTO INTERDIT AUX MOINS DE 15 ANS

 
C'est l'ombre d'Anna Politkovskaïa qui plane sur le premier dyptique du texte de Sonia CHIAMBRETTO, mis en scène avec courage et cohérence par Hubert COLAS : Chto, c'est "Interdit aux moins de 15 ans", c'est déjà la censure du conflit meurtrier, ce "quoi" brutalement enflammé il y a quinze ans (décembre 2004.)

Comment peut-on parler du génocide tchétchène ? Avec toutes les difficultés. Il y a d'abord cette barrière linguistique : l'accent slave, la façon de vocaliser certains mots pour les déformer ou, d'une autre manière, la façon de traduire des termes répétés, ce qui invalide toute tentative de recomposition ; entre le rescapé et son auditoire, il y a toujours l'aphasie, traumatisme constant des horreurs de la Guerre. Cette rescapée a beau préciser le chapitrage de son texte avec les mains et utiliser un écran d'ordinateur, le spectateur voit et entend plus mais ne comprend pas mieux.
Il y a ensuite la barrière physique : la fragilité de Claire DELAPORTE, seule et pâle, internée sur cette scène
capitonnée, face à une salle coupée en deux.

Enfin, il y a la barrière de l'esprit : on reste honteux devant sa rage de ne pas être comprise et son flot d'ahurissants "Je ne peux pas ! Je ne veux pas !" [ne pas dire la Tchétchénie], qui paraissent ne jamais tarir.
Pourtant la rescapée s'essouffle, et la vidéo qui prend finalement le relai ne nous apprend rien de plus.

 

 

MON KEPI BLANC


Et pourtant... Force est de constater l'effet pervers de cette vidéo : après cette maigre Tchétchène qui nous a répété sa misère, l'on est soulagé par la familiarité anglo-saxone de la chanson pop mélancolique et par la jeune femme filmée de dos : plus besoin de se confronter au regard, plus besoin de soutenir son attention, plus besoin de conscience.

Or, le divertissement arrive : si les victimes sont mornes et blanches, les bourreaux sont encore joviaux et rougeoyants. La musique de fanfare, le riche décor, et ce grand et solide gaillard de Manuel VALLADE qui nous chantonne entre deux galipettes "A la Légion, on est pas malheureux ! On est bienheureux !", nous prouverait qu'en effet, MON KEPI BLANC fleure bon le soviétisme et ses défilés, arborant la rougeur du drapeau russe et les principales lettres de "MocKBa", centre nerveux de la fameuse oppression tchétchène.

 

Néanmoins, le monologue est celui d'un légionnaire embarqué tour à tour dans les guerres d'Indochine et d'Algérie ; néanmoins la sympathie demeure, apanage des gros bras et forts en gueule.
Et pourtant ! Le légionnaire petit à petit doute de lui, à l'image de la projection sur le mur d'une partie de son texte, quasi-illisible au regard de la précision du côté "tchétchène." En outre, si la séquence vidéo offrait une issue à l'internement de la rescapée, le légionnaire bute sur son exacte image reprise dans une télévision avant de s'effacer dans un fondu au noir.

 

 

A VOIR :

Chto interdit au moins de 15 ans et Mon képi blanc

De Hubert Colas (2010)

Textes : Sonia Chiambretto (éditions Actes Sud-Papiers)

Par Frenchcaencamp - Publié dans : Les analyses
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